Commentary

Chercheur : La descente, police ougandaise était ignorante!

Publié le 10 Avril 2014  (also published in English)

Auteurs : Colin Stewart et Stella Nyanzi; Rédacteur Denis LeBlanc

Stella Nyanzi

Stella Nyanzi

Les policiers ougandais qui ont attaqué le projet de santé de Makerere/Walter Reed financé par les É-U, le 3 avril, ne comprenais pas comment les chercheurs recrutent et travaillent avec les gens impliqués dans leurs recherches, explique un chercheur expert de l’Université de Makerere.

La police croyait qu’ils voyaient des hommes étant “recrutés dans l’homosexualité” quand ils ont été effectivement vus des hommes homosexuels recrutés pour un projet de recherche visant à ralentir la propagation du SIDA, explique le chercheur Stella Nyanzi.

Nyanzi est chercheur postdoctoral à l’Institut de la recherche sociale de Makerere (MISR) et chercheur principal au Projet de recherche de la loi, d’égalité et de sexualité à l’École de droit de l’Université Makerere à Kampala, en Ouganda .

La police ougandaise affirme que les enquêteurs ont secrètement infiltré la clinique combinée de soins de santé et de recherche, le projet de l’Université de Makerere / Walter Reed (MUWRP), pour vérifier un rapport qu’il : fait ​​le recrutement et la formation des jeunes hommes à faire des actes sexuels contre nature.

Galaxy radio report about the April 3 raid.

Rapport de la radio Galaxie, au sujet de la descente du Avril 3.

Les médias ougandais ont décrit la descente policière : La police abat un camp d’entraînement homosexuel à Kampala. En réaction à cette descente, le Projet a été temporairement suspendu afin d’assurer la sécurité du personnel et des bénéficiaires, et l’intégrité du programme, ont déclaré des responsables américains. Plus précisément, la police atteste que le projet :

  • Cible les jeunes âgés de 18 à 25 ans.
  • Montre aux stagiaires des vidéos d’hommes pratiquant une activité homosexuelle, et ils ont été encouragés à venir avec leur partenaire sexuel.
  • Donne aux stagiaires de la littérature décrivant des pratiques sexuelles sans danger entre les hommes, ainsi que des préservatifs et du lubrifiant.
  • Les stagiaires furent rémunérés de 10.000 UGX à 100 000  UGX (4 US $ à 40 $) comme remboursement de transport, à la fin de chaque session de formation.
  • A montré un film de sexe pornographique à un grand nombre de participants.
Logo of the Makerere University Walter Reed Project

Logo du Projet Walter Reed de l’Université de MakerereNon, pas du tout, dit Nyanzi. En fait, elle contredit la police et affirme:

Non, pas du tout, dit Nyanzi. En fait, elle contredit la police et affirme:

  • Si une étude veut mesurer la relation entre l’infection du VIH et le comportement sexuel, y compris l’homosexualité, un groupe d’homosexuels sera recruté dans l’étude. Cela ne signifie pas le recrutement dans l’homosexualité. Les personnes qui s’identifient comme homosexuels sont recrutés dans le projet de recherche.
  • L’affirmation selon laquelle les personnes pauvres sont payées en argent par ce projet de recherche afin de devenir homosexuels est un mensonge. La plupart des chercheurs en sciences assurent le transport pour les personnes à participer à leurs études. Donner de l’argent … à des particuliers pour le transport n’équivaut pas à les payer à devenir homosexuels!
  • La police croyait apparemment qu’ils ont vu des films pornographiques lorsque ils ont vu des films d’éducation sexuelle qui font partie d’un projet de recherche visant à apprendre la meilleure façon de sensibiliser les personnes LGBT sur le sexe sécuritaire.

Ce qui suit est le texte complet (une traduction de l’original en Anglais) de l’explication par Stella Nyanzi du projet de recherche et de ce que la police ougandaise à mal comprise :

Zut à l’idée que les projets de recherche se cachent sous l’affiliation à l’Université de Makerere en vue de recruter des jeunes Ougandais dans l’homosexualité.

Uganda Police Force logo

Logo de la police ougandaise

La langue des policiers qui parlent de leur infiltration secrète au Projet Walter Reed révèle leur incompréhension sur la façon dont la recherche est faite dans le travail de l’épidémiologie. En tant que chercheur basé à l’Université de Makerere, qui a diversement été blâmé pour «recruter» des homosexuels, je suis obligé d’expliquer simplement les malentendus apparents.

Tout d’abord, toutes les recherches positivistes visant à mesurer les impacts et les effets d’une variable ou plus doivent recruter des personnes dans l’étude. Le recrutement est un terme utilisé pour signifier que les personnes qui ne faisaient pas partie d’une étude de recherche sont abordés par divers moyens; on leur donne des informations sur les procédures et les attentes de l’étude, ils sont invité à participer volontairement à l’étude, on leur explique la possibilité de refuser de participer.  En acceptant de participer, ils reçoivent des numéros d’identification qui permettent de suivre leur participation aux activités de recherche. Cette procédure de recrutement est utilisée pour amener des gens dans tout projet de recherche scientifique qui travaille avec des sujets humains.

Si une étude de recherche scientifique veut mesurer la relation entre l’infection à VIH et le comportement sexuel, y compris l’homosexualité, un groupe d’homosexuels sera recruté dans l’étude. Cela ne signifie aucunement  le recrutement dans l’homosexualité.  Les personnes qui s’identifient comme homosexuels sont recrutés dans le projet de recherche.

Deuxièmement, les numéros d’identification qui sont donnés sont une vieille technique de la recherche scientifique qui garantit l’anonymat des personnes impliquées dans la recherche. Au lieu d’utiliser le nom d’une personne, l’identité demeure un secret qui est privé. La confidentialité est renforcée parce que l’information donnée ne peut être retracée à la personne qui a parlé, mais plutôt à un numéro d’identification sérialisé. Ces numéros n’ont rien de sinistre ou homosexuel. Les chercheurs ont utilisé cette technique depuis longtemps.

Troisièmement, l’affirmation selon laquelle les personnes pauvres sont payés en l’argent pour ce projet de recherche afin de devenir homosexuels est un mensonge. La plupart des chercheurs en sciences assurent le transport pour les personnes à participer à leurs études. Parfois ce transport implique un chauffeur qui va quérir les gens de leurs maisons jusqu’au lieu de recherche et de les ramener à la maison. Le plus souvent l’argent que les individus dépensent pour ​​les tarifs de transport est remboursé à chaque fois qu’ils participent à une activité de recherche. Donner de l’argent à des particuliers pour le transport n’équivaut pas à les payer à devenir homosexuels. Parfois, nous donnons des rafraîchissements ou un repas aux participants quand ils assistent aux activités de recherche. La police dira alors que nous nourrissons les Ougandais pour en faire des homosexuels?

Quatrièmement, la police affirme que le projet de recherche a montré de la pornographie homosexuelle aux participants, afin de les transformer en homosexuels. Qu’est-ce que la pornographie? La définition légale de la pornographie dans la loi anti- pornographie récente (2014) qui a été adoptée au début de cette année est vague, problématique, trop large, et est ouverte à des interprétations erronées. Ainsi, nous avons la violence visant les femmes en minijupe. Étant donné que l’éducation sexuelle en Ouganda manque d’équilibre, car il est limité à la connaissance des hommes ayant des rapports sexuels avec pénétration vaginale des femmes, tout ce qui peut être appris au sujet des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ou des femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes sera possiblement considéré comme de la pornographie. En fait, notre président Yoweri Museveni a récemment révélé que pour lui tout le sexe en dehors du vagin n’est pas du sexe.

Mais attendez une minute! Les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes sont parmi les groupes les plus à risque pour le VIH/SIDA en Ouganda. L’éducation sexuelle qui vise l’amélioration de leur sexualité sans risque, afin de prévenir ou de réduire les comportements sexuels à haut risque, ce qui peut les exposer à des risques supplémentaires d’être exposé au VIH, fait partie de l’éducation et de la santé publique nécessaire qui permettra de réduire le taux du VIH en Ouganda. Le gouvernement affirme que les programmes de prévention, de soins et de traitement du VIH/SIDA spécifiques aux homosexuels ne seront pas touchés par la loi anti-homosexualité (2014), mais la police se hâte de faire cette descente afin d’arrêter un programme de formation de sécurité sexuelle pour les homosexuels. Pensez-vous que nous ne voyons pas les incohérences ici?

Pourquoi un projet de recherche contient de l’éducation sexuelle pour les homosexuels?  Les gens ont posé cette question, comme si elle est la preuve du recrutement pour l’homosexualité. Eh bien, des recherches nommées «contrôle au hasard» sont souvent des interventions simples ou combinés avec des personnes qu’ils fournissent à des sous- échantillons spécifiques. Dans ma recherche précédente sur l’éducation sexuelle et les MTS y compris le VIH/SIDA chez les jeunes en milieu rural de Masaka, nous avons fourni une éducation au sujet du sexe sécuritaire. Personne ne s’est plaint parce que nous fournissions l’éducation sexuelle hétérosexuelle à nos groupes cibles qui étaient les élèves des écoles primaires et secondaires.

Bien que je n’ai pas vu la conception de la recherche de la MUWRP, il est très probable que l’éducation du sexe sécuritaire pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec des hommes faisait partie des interventions MTS étant testés par cette recherche particulière. Si c’est est le cas, alors la conception de la recherche exige que l’éducation sexuelle soit fournie à ce sous-échantillon de participants à la recherche. Ce n’était pas de la pornographie visant à recruter des homosexuels dans l’homosexualité. Ce fut une partie intégrante de la façon dont est menée la recherche scientifique. Il n’y a rien contraire à l’éthique ici.

Je pense que nos policiers ont besoin d’un minimum de formation de base sur les méthodes de recherche scientifiques. Si ils vont travailler avec les scientifiques et les chercheurs qui produisent des connaissances de pointe parmi les groupes à haut risque qui sont criminalisées, y compris les homosexuels et les travailleurs du sexe, il est important qu’ils y soient exposés à la conception de la recherche – au minimum! Sinon, leur manque d’éducation, l’ignorance et l’enthousiasme n’est pas seulement une honte mais aussi une révélation des lacunes dans les savoirs requis pour les policiers de s’engager avec les chercheurs universitaires. Et alors, les ressources financières policières vitaux sont dépensés sur des conneries plutôt que de poursuivre les voleurs qui mangent nos fonds publics.

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    (76crimes.com)

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