Faith and religion

Plaidoyer pour la tolérance et la justice au Cameroun

Publié le 18 mars 2014

La Fondation St. Paul pour la réconciliation internationale:
Rapport des activités au Cameroun en février 2014
[Also in English]

Jean Jacques prepares food to take to six LGBT prisoners in Yaounde during the visit by delegates from the St. Paul’s Foundation. He is part of a vital lifeline between Camfaids and many who are incarcerated without charge or evidence of illegal behavior. (Photo courtesy of Albert Ogle)

Jean Frank prépare la nourriture que les délégués de la Fondation Saint-Paul vont donner à six prisonniers LGBT lors de leur visite à la prison centrale de Yaoundé. Jean Frank fait partie d’un lien vital entre Camfaids et beaucoup de ceux qui sont incarcérés sans inculpation ni preuve d’un comportement illégal. (Photo de Albert Ogle)

Une délégation de la Fondation Saint-Paul pour la réconciliation internationale s’est rendue au Cameroun en février 2014, à l’invitation de l’organisation partenaire de la Fondation, Camfaids (la Cameroonian Foundation for AIDS), qui travaille pour les droits des LGBTQI et lutte contre le sida. Le voyage a été prévu pour permettre aux membres et aux alliés de la Fondation Saint Paul à faire des présentations à la Conférence africaine sur la santé et les droits sexuels qui a eu lieu à Yaoundé du 5 au 7 février.

Ce voyage comprenait des militants africains et américains, visait de plaidoyer pour la tolérance, la justice et l’amélioration des soins de santé des personnes LGBTQI dans un Cameroun homophobe.

Professionnels de la santé, personnel du Nonce Apostolique et de l’ambassade des États-Unis, les prisonniers LGBT, et autres militants des droits des LGBTQI ont été parmi ceux avec qui notre délégation a partagé ses préoccupations, les détails des nouveaux programmes, de collaboration et des besoins non satisfaits, aussi bien que des messages de solidarité et de soutien pour la délégation.

Avec un agenda chargé plein de rencontres et de visites, les militants ont rejoint de nombreuses personnes-clé au Cameroun avec leur message : que la violence faite aux gays de ce pays doit cesser, à la fois en raison des droits de la personne et comme stratégie pour ralentir la propagation du VIH-sida. II était également nécessaire de documenter le programme important de rencontres de détenus à  la prison ainsi que les histoires de personnes LGBTQI qui ne sont pas bien connues dans l’Ouest.

Conférence Africaine sur la Santé Sexuelle et les Droits

Deux membres de la délégation activiste ont fait des présentations à la conférence:

Maxensia Nakibuuka (seated), leader of a gay/straight health coalition in Uganda and new leader of the AIDS program for the Roman Catholic diocese of Kampala, chats after her presentation at the Sixth Africa Conference on Sexual Health and Rights in Yaounde. (Photo courtesy of Maxensia Nakibuuka)

Maxensia Nakibuuka (assise), séropositive, d’une coalition gaie/hétéro et hétérosexuelle de santé en Ouganda et nouveau chef du programme anti-sida pour le diocèse catholique de Kampala, discute après sa présentation lors de la sixième conférence Africaine sur la santé sexuelle et les droits, à Yaoundé. (Photo de Maxensia Nakibuuka)

Maxensia Nakibuuka, femme hétérosexuelle de l’Ouganda atteinte du VIH, a parlé de son travail de la création d’une alliance gay/hétéro de personnes donnant des soins à domicile, de la création d’un Centre de santé qui accueille les personnes LGBT et les travailleurs du sexe.  Son prochain travail sera comme chef de l’effort de sensibilisation du VIH-sida par l’Église catholique à Kampala, en Ouganda.

Un autre membre de la délégation, la journaliste Andy Kopsa décrit Maxensia : “Elle fait remuer les choses. Elle fait avancer l’inclusion des LGBT et sa mission est de mettre fin à la stigmatisation, cette barrière mortelle au traitement médical. Elle veut une augmentation des soins à domicile pour les patients atteints du VIH-sida afin d’atteindre les plus marginalisés et les populations les plus à risque; inclusivement des LGBT, des femmes et des filles afin d’assurer que tous soient traitées avec égalité, comme tout patient, sans aucune stigmatisation.”

The Rev. Canon Albert Ogle

Le Père Albert Ogle

Le Père Albert Ogle, président de la Fondation, a articulé des efforts pour améliorer la santé des lesbiennes, des transgenres et les femmes en général en travaillant avec les grandes organisations : la Banque mondiale, l’Église Catholique et le World Vision. Sa présentation se concentre sur les liens entre le l’inégalité du genre féminin et l’inégalité des personnes LGBT,  alimentée par le fondamentalisme chrétien qui insiste sur le rôle inférieur des femmes et pour la criminalisation des personnes LGBT.

Berthe Marcelle Awoh Ngoume, membre de Camfaids qui a fondé l’organisation lesbienne camerounaise «Coopération des Dames», est à la conférence pour améliorer ses réseaux et discuter des besoins de santé non satisfaits, en grande partie, des lesbiennes africaines.

Visite au Palais de justice:

La demande du groupe pour une visite à la prison est présentée au Palais de  justice le matin, et approuvée le même après-midi. (Le Palais de justice est un service externe du ministère de la justice. C’est ce service qui poursuit les personnes pour délit et c’est encore eux qui autorise les visites en prisons aux personnes qui veulent donnée à mangé aux prisonniers.)

Réunion à l’ambassade des États-Unis

La réunion d’une heure et demie avec le personnel de l’ambassade des États-Unis avec Albert, Maxensia, Andy et Michel Engama, un militant de Camfaids.

Maxensia partage ses expériences avec Erika Lewis, qui est chargé de liaison politique de l’ambassade. Elle a raconté qu’il avait pris une année de travail par les membres du Consortium Bon Samaritain, un projet coopératif de santé desservant les Ougandais homosexuels et hétérosexuels, afin d’obtenir rendez-vous pour rencontrer le personnel de l’ambassade américaine à Kampala. Ils voulaient discuter du financement du PEPFAR et de l’USAID aux organisations confessionnelles qui ont alimenté le projet de loi anti-homosexualité. Ericka a souhaité d’en apprendre davantage sur le consortium ougandais, car un  manque de collaboration entre les organisations de la communauté LGBT à Yaoundé leur a coûté au moins une subvention importante. Ericka a été heureuse d’apprendre que Maxensia est prête à revenir à Yaoundé pour aider aux activités de renforcement des capacités des coalitions et aussi pour expliquer plus amplement son programme de soins de santé à domicile, qui réussit à atteindre les patients les plus négligés .

Michel (de Camfaids) a remercié Ericka pour la direction démontrée par l’ambassade après la mort du fondateur de Camfaids, Éric Lembembe. “Il était important d’avoir l’ambassadeur américain Jackson et d’autres dignitaires étrangers présents lors de ses funérailles,” dit-il. “C’était tellement important pour nous tous et pour la famille d’Éric”. Il a également partagé quelques nouvelles intéressantes: que Camfaids a reçu une subvention de 20 000 euros de l’initiative française ESTHER (Ensemble pour une solidarité thérapeutique hospitalière en réseau) pour  faire des preventions pour lutter contre le VIH/sida, mais aussi pour aider les déténues LGBTI qui sont privé de liberté à cause de la loi anti-gay.

Il promet d’introduire les nouveaux membres du personnel au personnel de l’ambassade. Jusqu’à présent, toutes les visites et tout soutien psychosocial offert aux 25 prisonniers LGBT à Yaoundé sont faits entièrement avec personnes bénévoles.

Erika a eu la gentillesse d’essayer d’obtenir un rendez-vous pour nous avec le nonce apostolique Catholique Romain.  Elle nous a suggéré d’appelé au bureau du Nonce, car il était hors du pays, mais quelqu’un de son personnel serait prêt à nous rencontrer.

Enfin, nous avons convenu d’organiser une réunion entre les organismes communautaires LGBT et Ericka lorsqu’ils avaient terminé leur exercice de cartographie que nous avons facilité. Nous voulons documenter les services et réseaux déjà en place et les lacunes. Ericka a accepté de rencontrer les groupes lorsque le plan d’ensemble sera réalisé. Nous espérons que cette réunion se produira dans 2 à 3 semaines. La communauté travaille déjà sur un plan.

Après la réunion, Andy affirme que la conversation productive l’a laissé pleine d’espoir. Elle a ajouté :

“Le Cameroun n’est pas L’Ouganda. Le Cameroun et l’Afrique francophone (j’en suis plus sûr depuis notre rencontre) est le nouveau front pour les droits des LGBT sur la scène des droits de la personne. L’Ouganda, pour tous ses problèmes horribles est à des années-lumière d’avance sur l’organisation de la société civile ici au Cameroun.

“Mais la première étape est la sensibilisation, la communauté LGBT a besoin d’aide et non seulement contre la loi inhumaine anti-homosexualité qui malmène 16 personnes emprisonnées pour être qui ils sont, mais aussi pour organiser, collaborer et développer la capacité et de l’apprentissage.”

Rencontre avec le personnel du Nonce Apostolique

Piero Pioppo, nonce apostolique (Photo de L'Effort Camerounais)

Piero Pioppo, nonce apostolique (Photo de L’Effort Camerounais)

Un but de la réunion était de demander à l’Église Catholique de renoncer aux déclarations homophobes faites par l’ancien archevêque Simon-Victor Tonyé Bakot. Nous avons partagé notre inquiétude que l’Église Catholique au Cameroun avait conduit efficacement le mouvement anti-gay dans le pays et notre souci que Mgr Bakot n’avait pas été sanctionné pour sa propagande anti- gay.

En l’absence du Nonce Apostolique Piero Pioppo, qui voyageait, le personnel du Nonce, Mgr Erwin et le secrétaire laïque du Nonce, ont rencontré la délégation. Albert a discuté de la lettre envoyée en octobre dernier; une plainte officielle contre l’ancien archevêque Bakot. Aucune réponse officielle n’a été reçue. Albert a parlé de certains des bonnes initiatives de l’Église Catholique en Ouganda et comment Maxensia était là pour partager son modèle avec la communauté des LGBT au Cameroun et avec la communauté religieuse.

Albert a remarqué que, malgré les récents commentaires du pape pour accueillir et engager les personnes LGBT dans l’Église, le Cameroun est le pire exemple où l’enseignement social Catholique est plein de ferveur anti gay organisé par l’Église catholique. Cela a commencé en 2009, lorsque le Cardinal s’est opposé à la signature de l’Accord Maputo par le pays, car il donnerait lieu à l’homosexualité. La population était tellement en colère à propos de ces informations de leurs dirigeants qu’ils manifestaient dans les rues.

Albert a également partagé la préoccupation de la plupart des personnes LGBT que nous avons visitées en prison qui sont catholiques pratiquants, tout comme l’était Eric Lembembe, leader LGBT assassiné. Mais il n’y a eu aucune condamnation de cette violence ni aucune demande d’enquête. Il serait utile que le Nonce rencontre les avocats Michel Togué et Alice Nkom afin de comprendre les défis juridiques auxquelles les personnes LGBT font face au Cameroun. Il serait également bienfaisant pour la direction de l’Église d’aller visiter la prison elle-même afin de voir ces gens détenus dans des conditions inhumaines, ce qui affecte gravement leur santé, même dans les cas où il n’y a aucune preuve pour les garder en prison en attendant un procès. Un jeune homme a attendu sept mois pour une date de procès sans preuve, pour  soupçons d’homosexualité.

Nous avons demandé si les prêtres de prison de l’Église aimeraient nous rencontrer afin d’entendre nos préoccupations. Le personnel du Nonce dit que son bureau n’avait pas compétence sur les affaires de l’Archidiocèse maintenant que Bakot avait laissées.

La réunion était importante, car elle a ouvert des portes pour permettre les militants LGBT au Cameroun de s’introduire à la hiérarchie catholique, ce qui leur permettra de s’engager plus efficacement aux problèmes et, on l’espère, pastoralement. Ça pourrait aussi les aider à comprendre que lorsqu’un Archevêque condamne un groupe de personnes d’une chaire, des dizaines de jeunes Camerounais catholiques finissent par mourir de faim en prison, désavoués par leurs familles Catholiques très dévouées.

Toute personne avec un demi-esprit peut constater que ces personnes ne devraient pas être là, en prison. Il sera peut-être nécessaire pour l’Église Catholique de poser un acte de contrition en appelant à une amnistie présidentielle. Aussi, elle pourrait commencer à surveiller le chantage des homosexuels par le système de police et de justice pénale afin de dénoncer cette pratique.

L’enseignement de la haine par Bakot pour la communauté LGBT reste un des plus lourds fardeaux de l’Église Catholique pour atteindre un sens moral élevé en Afrique. Le fait que Bakot a été déplacé dans une fonction administrative de l’Église va stimuler la préoccupation de l’ONU pour le Vatican car les auteurs de violence et d’abus doivent être traduits en justice et non simplement déplacés dans un bureau diocésain.

Les paroles du Pape à l’Église et au monde entier au sujet des personnes LGBT étaient gentilles et appréciées, mais si Mgr. Bakot reste dans toute fonction au Cameroun sous l’autorité de l’Église, sans enquête publique, les paroles du Pape seront des mots vacants. L’Église catholique doit nettoyer la maison au Cameroun. Dans la mise en ordre serait un message clair aux Catholiques africains que l’homophobie et l’envoi de Catholiques en prison n’est pas l’œuvre de Jésus pour réparer notre monde. Le Cameroun peut mener ce débat avec dignité et engagement avec les partenaires et la communauté LGBT elle-même et développer un plan stratégique pour assurer la pastorale jusqu’où la tyrannie de la criminalisation des LGBT sera enfin terminée.

Les visiteurs de la Fondation Saint-Paul avec des bénévoles du Camfaids

Les visiteurs de la Fondation Saint-Paul avec des bénévoles du Camfaids

Rencontre avec militants pour les droits LGBT et anti VIH-sida

Plusieurs organisations pour la défense des droits LGBT et anti VIH-sida ont pris des mesures visant la formation d’une coalition l’été dernier après l’assassinat du cofondateur de Camfaids, Éric Lembembe, mais cet effort chancelle.

Plusieurs d’entre eux se sont réunis avec les visiteurs de la Fondation Saint- Paul. C’était un bon début, mais beaucoup plus de travail est nécessaire. La délégation de La Fondation Saint- Paul a tenu deux réunions avec les organisations LGBT camerounaises sur les questions de genre, de la santé, du plaidoyer, de la communication et des prisons. Compte tenu des problèmes graves de personnalité et politiques dont nous avons entendu parler, il n’y a pas beaucoup d’aide que nous pouvons donner à la communauté LGBT s’ils gâtent leur propre bon travail grâce à l’incapacité de trouver des moyens de travailler ensemble malgré leurs différences afin de livrer leurs points forts, leurs services et les divers besoins.

Visite à la prison centrale de Yaoundé

Yaoundé Central Prison (Photo courtesy of Andy Kopsa)

L’extérieur de la prison centrale de Yaoundé. (Photo par Andy Kopsa )

La délégation a rencontré six des près de 20 détenus à la prison centrale de Yaoundé. Ils purgent des peines allant jusqu’à cinq ans pour avoir violé la loi anti-homosexuelle du Cameroun ou, ils attendent un jugement sur les accusations.

Andy a écrit :

“Sur les six, deux ont été «condamnés». C’est leur parole, ‘condamné’. Leurs procès ont eu lieu et les peines prononcées. Un homme doit servir deux ans, la femme est là pour cinq ans.

“Les autres, ceux qui n’ont pas été «condamnés» persistent encore en prison. Un est à Yaoundé depuis 7 mois, un autre, pour 4 mois, l’autre pendant 16 mois. Aucun n’a été jugé et tous sont détenus (contre la constitution camerounaise) sans accusations officiels. Ils sont en prison pour “soupçon de l’homosexualité.”

Andy a considérablement écrit sur cette visite en prison dans un article au journal The Nation et dans son blogue sur le voyage Cameroun.

Douala

Après la visite à la prison, les membres du groupe se sont rendus à la ville côtière de Douala pour des réunions et des sessions de sensibilisation. La délégation a rencontré des représentants de REDHAC (Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale) et d’Alternatives-Cameroun.
La communauté Doula est très organisée, en grande partie en raison de la direction du REDHAC, d’Alternatives-Cameroun et de l’Association pour la défense des homosexuels (ADEFHO) .

Finances

Les membres de la délégation se sont rendus au Cameroun sur un budget limité, en espérant des contributions supplémentaires pour permettre au projet d’atteindre l’équilibre. Pour contribuer, visitez http://stpaulsfdr.org/donation/index.html.

Aussi publiés par “Erasing 76 Crimes”:

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2 thoughts on “Plaidoyer pour la tolérance et la justice au Cameroun

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