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Un silence en Côte d’Ivoire après des attaques anti-gay

Publié le 7 mars 2014 en français et en anglais

Attaque du siège d’Alternative Côte d’Ivoire: Pourquoi ce silence de la société civile ivoirienne?

Par JEAN MARC YAO
Consultant en droits humains en Côte d’Ivoire

Sacs de déchets ont été jetés devant le domicile de militants des droits LGBT en Côte-d'Ivoire. (Photo par Alternative Côte d'Ivoire)

Sacs de déchets ont été jetés devant le domicile des militants des droits LGBT en Côte-d’Ivoire. (Photo par Alternative Côte d’Ivoire)

Suite à l’attaque [du janvier 2014] du siège d’Alternative Côte d’Ivoire, ONG de lutte contre le SIDA au sein des communautés de LGBT, on était en droit de s’attendre à ce que les organisations locales de défense des droits humains et autres acteurs de la société civile ivoirienne condamnent unanimement cet acte liberticide.

Et pourtant, le Directeur Exécutif d’Alternative Côte d’Ivoire dit avoir été seulement contacté par la Présidente de la coalition des défenseurs des droits de l’homme de Côte d’ivoire. Encore faut-il le souligner, aucune déclaration publique n’a jamais suivie ce contact. A part cet acte isolé, aucune ONG, aucun leader de la société civile nationale ne s’est donc manifesté publiquement pour condamner cette agression brutale.

Le contraste est saisissant quand l’on se rappelle des réactions vigoureuses qui avaient suivies l’attaque du siège de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO) le 21 mai 2007. Une salve de condamnations aussi acerbes les unes que les autres avaient en effet été proférées dans les médias à la suite de cette attaque qui ressemble trait pour trait à celle subie par Alternative Côte d’Ivoire ; si bien que le chef de l’Exécutif d’alors avait été obligé de se rendre sur les lieux pour constater les dégâts et témoigner la compassion de l’Etat à l’ONG sinistrée.

Panneau posé à la maison des militants des droits LGBT en Côte-d'Ivoire. (Photo par Alternative Côte d'Ivoire)

Panneau posé à la maison des militants des droits LGBT en Côte-d’Ivoire. (Photo par Alternative Côte d’Ivoire)

Pourquoi alors ce deux (2) poids deux (2) mesures? Pour quelles raisons n’entend-on rien de personne quand Alternative Côte d’Ivoire est victime d’une attaque du même genre? Cela ne révèle-t-il pas une discrimination au sein de cette société civile même?

En réalité, parce qu’œuvrant en faveur des LGBT, Alternative Côte d’Ivoire fait figure de paria dans la société civile ivoirienne. Cette structure fait ainsi, sur le plan national, l’amère expérience que les minorités sexuelles vivent au quotidien dans ce pays : ostracisme, stigmatisation, marginalisation, discrimination, etc.

Pourtant, le principe de non discrimination est le socle de des droits humains. En manifestant cette discrimination, les ONG défendant les droits humains en Côte d’Ivoire ne veulent-elles pas au fond signifier de la sorte qu’Alternative n’est pas une organisation sœur; que les LGBT ne seraient pas des humains qui méritent pas que les droits fondamentaux de l’homme leurs soient reconnus ? Dans cette mesure, n’est-on pas en droit d’assimiler le mutisme de cette société civile à une complicité silencieuse?

En effet, tout se passe comme si, dans cette société civile, on se réjouissait plutôt des malheurs de la structure dirigée par Claver Touré. On entend d’ailleurs souvent ça et là des commentaires approbateurs du genre « c’est bien fait pour eux ; ils ont ce qu’ils méritent ».

Où l’on voit à quel point, en Côte d’Ivoire, Alternative ne peut pas compter sur beaucoup de monde pour défendre le droit qu’ont les LGBT de vivre en paix. C’est pourquoi, en même temps que le législateur et le citoyen lambda, les acteurs de la société civile doivent eux aussi être sensibilisés sur les droits des LGBT et à la tolérance de la diversité d’orientations sexuelles.

Jean Marc Yao, un consultant en droits humains en Côte d’Ivoire,  travaille à Interafricaine pour la Promotion de la Santé et des Droits Humains (IPSDH). Il est un membre de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (LIDHO) et un consultant en droits humains auprès de l’Association des Sages Femmes de Côte d’Ivoire (ASF-CI) et d’Alternative Côte d’Ivoire.

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