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Au Cameroun, un calvaire des présumés homosexuels torturés

Publié le 29 octobre 2013

Le personnel pénitentiaire camerounais continuent à torturer des homosexuels présumés au moment où le gouvernement du Cameroun a accepté de se conformer aux recommandations internationales telles que:

Yaounde Central Prison

Prison centrale de Yaoundé

  • Terminer la torture en prison,
  • Enquêter sur les violences policières à l’encontre des personnes en raison de leur orientation sexuelle,
  • Garantir les droits de l’homme pour tous.

Dans un communiqué de presse, l’organisation des droits LGBT Camfaids (Cameroonian Foundation for AIDS) a proposé au Ministère de l’Administration Territoriale et Pénitentiaire de:

  • Faire respecter les engagements du Cameroun sur l’éradication de la torture dans les prisons
  • Recommander au régisseur de prisons une protection immédiate des détenus incarcérés
  • Enquêter sur les fonctionnaires qui font subir des tortures physiques et morales aux détenus

Dans deux visites faites aux prisonniers à la prison centrale de Yaoundé le mercredi 16 et Jeudi 17 octobre 2013, CAMFAIDS a trouvé dix nouveaux cas d’incarcération des personnes mis en accusation pour homosexualité qui étaient inconnus des associations des défenses des droits des personnes homosexuelles au Cameroun. Ces prisonniers sont identifiés ci-dessous par des pseudonymes, et non par leurs vrais noms. Les faits suivants ont été rapportés aux visiteurs de CAMFAIDS :

LAN


Prison centrale à Yaoundé.

L’entrée de la prison central de Yaoundé.

Lan, 26 ans, est un cuisinier qui vit dans le quartier de Santa Barbara de Yaoundé. Il a reçu des appels téléphoniques répétés d’un homme qu’il ne connaissait pas et a finalement accepté de le rencontrer au Prestige’ Hôtel il y a un an environ. L’homme s’est présenté comme un agent de police nommé Anaba et l’a arrêté. Lan dit qu’il a été battu au poste du commissariat de police judicaire de Yaoundé pendant deux jours, afin qu’il donne d’autres noms et numéros de téléphone d’amis avec lesquels il aurait eu des rapports sexuels homosexuels pour que la police démantèle « le réseau homosexuel ». Il a ensuite été transféré au commissariat central, où il a été de nouveau battu chaque matin par les fonctionnaires de ce commissariat qui le poussaient à se confesser et à communiquer les coordonnées de ses amis. Il a fini par reconnaître qu’il est homosexuel, 
mais n’a pas dénoncé ses amis.

Lan a été détenu pendant près d’un mois dans une cellule au poste de police central. Finalement, il a été présenté au tribunal, un avocat lui a été assigné et il a été transféré à la prison centrale, où il a été placé à l’hôpital de la prison pendant trois mois pour se remettre des blessures qu’il avait subies. Après sa sortie de l’hôpital, il a subi de nouvelles violences et blessures en prison par les autres détenus.

Il a été devant le tribunal environ dix fois dans le cadre de son arrestation, mais encore il attend un procès.  Anaba, l’agent de police, affirme que Lan a essayé d’avoir des relations sexuelles avec son fils. Le juge a donc convoqué le fils du fonctionnaire de police Anaba en tant que témoin. Le fils vint à la cour une fois et dit qu’il n’avait jamais vu auparavant Lan.  Lors d’une convocation ultérieure, Anaba fait comprendre à la cour que son fils a quitté le pays pour des raisons liées à ses études.

Les visiteurs de CAMFAIDS lui ont apporté une assistance matérielle afin qu’il puisse dans un premier temps s’acheter de quoi se nourrir. Il a par ailleurs besoin de médicaments pour ses douleurs à l’estomac et d’une aide psychologique.

ISSA et THIO

Issa, artiste et danseur de bikutsi, est un homme de 29 ans originaire du quartier Mvog Ada. Il a été arrêté tôt le 6 octobre dans un bar après avoir été drogué par son ami, un étudiant à l’École de la Marine au Ghana dénommé Thio, âge de 25 ans, qu’il a rencontré dans la nuit du 5 au 6 octobre 2013.

Le dénommé Issa est allé dans un bar avec son ami Thio qui aurait mis une drogue dans son verre de whisky, ce qui lui a fait perdre conscience. Il paraît que ce sont leurs attouchements dans la buvette qui ont alerté les autres clients faisant ainsi appel aux fonctionnaires de police. Ils ont été arrêtés et amenés au poste de police aux environs de 3 heures du matin.

Après avoir passé une journée, Issa et Thio sont entendus sur procès verbal pour flagrant délit de pratique d’homosexualité et sont envoyés après trois jours de garde à vue au tribunal du centre administratif de Yaoundé où  ils ont été déférés à la prison centrale après avoir été dotés d’un avocat. Leur prochain rendez-vous pour le tribunal est fixé le 14 novembre 2013.

Les visiteurs en prison ont rapporté que Issa et Thio ont été violentés à plusieurs reprises lors de leurs enregistrements par le personnel de la prison, qu’ils ont encore des cicatrices et autres marques au niveau de leurs dos. Ces tortures et brimades ont encouragé les codétenus d’Issa et Thio à agir de même sur ces derniers, ne suscitant aucune réaction des gardiens. C’est ainsi qu’ils ont été frappés et refrappés par lesdits codétenus.

Etant donné qu’Issa dort par terre, CAMFAIDS lui a fourni une somme d’argent afin qu’il puisse acheter un matelas et des médicaments pour son mal d’estomac.

MYAN et NYMAN

Myan, un jeune homme de 29 ans habitant à Yaoundé, a été arresté en 2012 après qu’un ami, Nyman, sous l’effet d’une bastonnade publique au marché du Mfoundi, l’a cité comme partisan des pratiques homosexuelles.

Dès ce moment, Myan fut saisi par les forces de maintien de l’ordre sans aucun mandat d’arret. Cet arrêt fut réalisé dans son domicile sans qu’il ne soit édifié ni même entendu sur le dit motif. Voila comment il se retrouve dès cet instant au commissariat central de Yaounde où il purge trois jours de garde à vue.

L'intérieur de la prison centrale. (Photo de Camerpress.com)

L’intérieur de la prison centrale. (Photo de Camerpress.com)

Myan et Nyman ont été ensuite conduits au tribunal de première instance de Yaoundié, d’où ils sont transférés à la prison centrale de Yaoundé.

A leur arrivée à la prison centrale de Yaoundé, ils sont sérieusement brimés et stigmatisés par les autres détenus.

Dormant à même le sol et conviés à un traumatisme poussé du aux différentes stigmatisations, voila donc déjà un an environ que Myan et Nyman se retrouvent incarcérés à la prison centrale de Yaoundé. Leur convocation pour le parquet est tout simplement sanctionnée par des renvois rechutés. Ces derniers y vivent sans assistance sociale ni financière encore moins psychologique.

Les visiteurs lui ont donné par la suite un paquet venant de CAMFAIDS contenant du tapioca, sucre et savon antiseptique ainsi qu’une somme de 1000 CFA francs (US$2) pour ses besoins au sein de la prison.

Après tous ses renvois répétés par le juge, le détenu Myan déclare que son avocat lui a certifié que lors de sa prochaine convocation pour le tribunal il sera acquitté.
rs de sa prochaine convocation pour le tribunal il sera acquitté.

ALI

Ali, un jeune garçon de 22 ans environ, a été arresté pour le pratique d’homosexualité. Suite à l’intervention des gardiens de prison, les visiteurs de Camfaids n’avaient pas eu le temps de discuter avec lui.
Il est tout pale, maigre et affecté psychologiquement. Il est habillé de gale et souffre de maux de ventre. Les visiteurs lui ont tout simplement laissé un paquet (tapioca, sucre et savon antiseptique) et aussi une somme de 1000 CFA francs (US$2) pour un soutien financier.

MATT et JULES

Matt, un jeune homme âgé de 27 ans, habitant au quartier Cité Verte, est un membre d’une des associations de la lutte contre le VIH / sida et pour les droits humains des personnes marginalisées à Yaoundé.

Le détenu dit qu’il avait partagé un appartement avec sa sœur. A la suite de la partance de sa sœur, il transforma l’habitat en auberge, d’où la fréquentation régulière des homosexuels. Le voisinage alerté, il commença par être accusé de détournement des jeunes dans le quartier et aussi de viols.

La police alertée, ils se redirent au dit lieu comme étant des éventuels clients. Matt, Jules et deux autres amis ont été arrêtes pour le pratique d’homosexualité et conduits à la gendarmerie du Lac où ils ont fait deux jours de cellule. A ce niveau, deux des amis ont été relâchés. Ensuite, Matt et Jules ont été transférés au tribunal du centre administratif, d’où ils sont de nouveau renvoyés au commissariat central. Dans ce commissariat, ils font deux jours et sont de nouveau transférés au même tribunal. Finalement, ils sont déférés à la prison centrale de Yaoundé en novembre 2012.

Lors de leur arrivés à la prison centrale de Yaoundé en novembre 2012, ils sont frottés aux discriminations et stigmatisations par les autres détenus. Dormant à même le sol, déjà 1 an que Matt vit sans visite ni assistance autre.

Actuellement le détenu Matt est très malade et d’état tout maigrelet. Il dit faire la diarrhée tousser et aussi souffrir de paludisme et de mal nutrition.

NICKI et ROLIE

Les visiteurs de Camfaids ont appris de Nicki et Rolie, un homme et une femme qui sont détenus à la prison centrale après avoir été accuses de pratique d’homosexualité, mais n’ont pas réussi à leur parler.

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