Africa

Cameroun: Une fois encore des foules attaquent des LGBT

Publié le 20 août 2013

Jonas Singa Kumie et Franky Djome (Photo par Eric O. Lembembe)

Jonas Singa Kumie et Franky Djome (Photo par Eric O. Lembembe)

Des militants camerounais ont rapporté deux nouvelles attaques des foules contre les personnes LGBT à Yaoundé, la capitale du pays.

Les violences ont eu lieu quelques jours avant la  Journée Internationale de Lutte Contre L’Homosexualité, proposée pour le 21 août, et un mois après l’assassinat du militant homosexuel et journaliste Eric Lembembe, un défenseur des droits humains.

Les attaques récentes ont été les derniers d’une série de crimes homophobes qui n’ont pas été poursuivis, y compris:

  •  La tentative d’enlèvement du fils de Maximilienne Ngo Mbe, la directrice exécutive du Réseau de Défenseurs Des Droits Humains en Afrique Centrale (REDHAC), le 5 avril;
  •  Le cambriolage du siège du REDHAC à Douala le 1 juin;
  • Maximilienne Ngo Mbe

    Maximilienne Ngo Mbe, la directrice exécutive du REDHAC

    Le cambriolage des bureaux à Yaoundé du Me. Michel Togué, avocat défendant les minorités sexuelles, le 16 juin;

  • L’ incendie criminel au siège d’Alternatives-Cameroun, qui combat le sida chez les personnes LGBT, à Douala le 26 juin;
  • La torture et assassinat d’Eric Lembembe, directeur exécutif de Camfaids (la Cameroonian Foundation for AIDS). Son corps mutilé a été trouvé à son domicile à Yaoundé le 15 juillet.
  • La lapidation de Henry Mbah, qui a été tué par une foule en Muyuka dans le sud-ouest du Cameroun, après avoir été trouvé avec un amant masculin le 24 juillet.

Les dernières violences sont survenues le 15 août, quand une foule dans le quartier Essos de Yaoundé a attaqué Jonas Singa Kumie et Franky Djome Djome, deux personnes transgenres qui ont été libérés de prison en janvier après avoir purgé 18 mois d’une peine de cinq ans pour les relations homosexuelles. Le deux passent souvent par les noms Doloresse et Naomi et s’habillent avec des tenues de femmes.

Un observateur de l’association Humanity First Cameroon rapporte:

Alors qu’elles sont du coté du marché essos, Francky et Jonas qui avaient déjà été condamné en 2011 à la peine maximale pour pratique d’homosexualité, et qui s’étaient par la suite fait agressées dans ce même marché essos il ya quelques mois …  ont une nouvelle fois subi les affres des persécutions homophobes.

Francky et Jonas, plus connu sous les noms de Naomi et Doloresse, étaient sur une moto. Les badauds du marché leur auraient alors dit quelque chose et l’une d’elles aurait répondu « Royal !». C’est alors qu’une meute de badauds s’est ruée sur eux. Les agresseurs ont en un clic, fermer les trois portails du marché.

Doloresse réussit à s’échapper, mais Naomi n’a pas eu la même chance et s’est fait copieusement tabassé.

Ses vêtements ont été arrachés sur lui, déchirés. Alors qu’elle parvint à monter sur une moto pour s’enfuir, ses bourreaux le bousculèrent et il se retrouva à terre.

L’observateur décrit “une scène d’une violence extrême. L’un des agresseurs casse alors une bouteille pour poignarder Naomi.” Mais heureusement, l’observateur a le reflexe de faire signe discrètement à la police qui n’est pas loin de là:

C’est grâce à leur intervention que Naomi échappe au pire. Les agresseurs auraient d’ailleurs essayé de lapider la police parce qu’elle est intervenue.

Comme dans une série noire, à quelques 500 mètres de là, au lieu dit Apollo Bar, toujours à essos, l’on signale qu’un « pédé » est en train de se faire tabasser. Rendu sur place, l’observateur:

S’aperçoit qu’il s’agit d’un jeune garçon d’environ 16 ans qui avait déjà été sérieusement tabassé, puis ligoté comme « un animal ». Il s’agissait d’une vindicte populaire, orchestrée par les riverains du quartier. Le jeune homme a aussi eu la vie sauve, grâce à l’intervention de la police.

À un moment où la communauté LGBT du Cameroun est effrayé à cause de l’assassinat de Lembembe, le prochain souci est «La Journée Internationale de Lutte Contre L’Homosexualité», une manifestation prévue pour le 21 août par l’organisation anti-homosexualité Rassemblement de la Jeunesse Camerounaise, ou RJC.

 

RJC spokesman Sismondi Barlev Bidjocka

Sismondi Barlev Bidjocka, président du RJC

L’organisation affirme qu’elle se prépare des tricots, des tracts et des  pancartes, bien que la première «Journée Internationale de Lutte Contre L’Homosexualité» de 2012 passa sans aucune preuve des protestations massives.

Article 347 bis du code pénal camerounais réprime l’homosexualité d’une peine privative de liberté allant jusqu’à cinq ans. Sismondi Barlev Bidjocka, président du RJC, dit, “Il s’agit  d’alourdir cette peine à 20 ans de prison afin de frapper les esprits et réprimer ces comportements malsains” des homosexuels.

Un militant LGBT commente: “A la veille de la Journée Contre l’Homosexualité, décrétée par un homophobe excité, nous craignons le pire pour les homosexuels et ceux qui défendent leurs droits.”

Aussi publiés par “Erasing 76 Crimes”:

 

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