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Cameroun: Des voix homophobes s’élèvent de plus en plus

Publié le 13 de mars 2013

Page 1 of Cameroon Tribune

Une de Cameroon Tribune

Conférences-débat, homélies, campagnes-croisades des mouvements associatifs et religieux contre l’homosexualité, reportages et interviews des leaders politiques, religieux et associatifs dans la presse notamment dans le quotidien gouvernemental bilingue, Cameroon Tribune, déclaration des évêques du Cameroun commandant l’homosexualité, etc. De plus en plus, la question homosexuelle revient dans les conversations des Camerounais. Objectif principal poursuivi : « Condamner avec la plus forte énergie et le plus dures des termes cette pratique nocive pour les Camerounais et sa jeunesse ».

A Yaoundé tout comme à Douala, s’il y a un sujet qui est de moins en moins tabou, c’est celui de l’homosexualité. Dans les rues, les taxis, les gargotes, les bars, les bureaux, les marchés ou alors les émissions interactives des radios et des  débats à la télévision, il est difficile de passer une journée ou même une heure sans que les conversations ne reviennent sur l’homosexualité. Et la quasi-totalité des arguments condamnent « fermement » la pratique de l’homosexualité et ses corollaires. A savoir la pédérastie et la prostitution. Plus souvent qualifié de « déviance », «  décadence de valeurs morales », «  véritable aberration » « amorale », « inacceptable », « satanique », etc.  L’homosexualité alimente les conversations. Aussi bien dans les foyers, à l’Eglise, que dans la presse.

Suite à la publication par l’ONG Amnesty International demandant l’abrogation des lois camerounaises contre l’homosexualité et la libération des prisonniers LGBT, la réponse du quotidien gouvernemental bilingue, Cameroon Tribune a été immédiate et ferme.

Le 24 janvier 2013, le jour même de la publication par l’ONG Amnesty International d’un communiqué consécutif à son rapport sur les droits de l’homme au Cameroun,  Cameroon Tribune à travers les plumes de son rédacteur en chef Yves Atanga et de l’éditorialiste Makon ma Pondi titrent, respectivement « Droits de l’homme : Le faux procès d’Amnesty », « Diversion : L’hymne aux homosexuels ». Deux pamphlets dans lesquels les deux journalistes s’érigeaient contre le rapport d’Amnesty International (taxé ici d’ « avocat de l’homosexualité » et « donneur de leçons »)  et notamment contre l’homosexualité, « pourtant interdite par les lois camerounaises », rappelle le quotidien dès sa une. Yves Atanga dans son article suggère même à l’ONG d’intituler  «  par honnêteté » son rapport : « Cameroun. Laissez les homosexuels tranquilles ! ».

Makon ma Pondi, dans sa chronique, après avoir rappelé que le Cameroun n’est pas un «  no man’s land …où l’insidieuse et opiniâtre campagne orchestrée depuis des mois à travers les médias est d’obtenir l’abrogation de la législation incriminée [loi réprimant les relations sexuelles entre personnes de même sexe] » par « tous les moyens…y compris les pressions diplomatiques, voire les conditionnalités à l’aide publique au développement », s’interroge « Va-t-on nous faire croire que c’est par l’homosexualité et le mariage pour tous que viendra la relance de la croissance tant espérée ? ».

Mgr. Victor Tonye Bakot, archbishop of Yaoundé

Mgr Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé

Les évêques disent Non !

Pour ce journaliste, des voix comptent, notamment celles des évêques de l’Eglise catholique romaine réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun, le 12 janvier 2013 à Sangmélima dans le cadre du 36e séminaire annuel des évêques  du Cameroun. Et dont le fruit de leurs travaux a dénoncé et stigmatisé, entre autres, « en termes vifs » l’homosexualité au Cameroun, dans une déclaration publiée dans son intégralité, le 7 février dans Cameroon Tribune et plus tard dans d’autres journaux.

«… Face aux revendications des droits multiformes des promoteurs de l’homosexualité : droit au mariage légal, à l’adoption des enfants,. à la fondation d’une famille, à la procréation médicalement assistée etc., revendications qui s’appuient sur plusieurs concepts dont le principal est l’idéologie du Genre ou Gender (anglo-saxon) qui s’oppose à la conception classique des notions de famille, de genre et de procréation… », les évêques du Cameroun déclarent unanimement que «… L’homosexualité falsifie l’anthropologie humaine et banalise la sexualité, le mariage et la famille, fondement de la société. »

Les évêques ne tiennent pas compte des exemples de l’acceptation traditionnelle africaine des relations homosexuelles. (Voir, par exemple, l’article «En Afrique, l’homosexualité est traditionnelle, mais … »)

Les évêques du Cameroun déclarent « Dans la culture africaine, elle ne fait pas partie des valeurs familiales et sociales. Elle est une violation flagrante de l’héritage que nos ancêtres, fidèles à l’hétérosexualité et à la famille, nous ont légué. Dans l’histoire des peuples, les pratiques d’homosexualité n’ont jamais donné lieu à une évolution sociétale mais ont toujours été les signes évidents de k décadence implosive des civilisations. De fait, l’homosexualité oppose l’humanité à elle-même et la détruit… ».   En réitérant leur désapprobation de l’homosexualité et des unions homosexuelles, les évêques  exhortent « tous les croyants et les personnes de bonne volonté à rejeter l’homosexualité et le soi-disant «mariage homosexuel » et à accompagner cependant ceux qui sont enclins à l’homosexualité et les homosexuels dans la prière, le suivi spirituel et la compassion en vue de leur conversion ».

Bien avant cette déclaration des évêques à la presse, Mgr Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé, fervent combattant contre l’homosexualité avait déjà donné le ton le 28 janvier 2013, dans une interview où il déclarait que « nous voulons pas » de l’homosexualité en Afrique.

Selon le prélat,  « …les occidentaux ont leur culture et les Africains ont la leur. Puisqu’il faut respecter le parallélisme de forme et puisqu’il faut dialoguer, dialoguons en proposant par-exemple la polygamie aux occidentaux comme ils nous proposent l’homosexualité. Si tel n’est pas le cas, que chacun reste dans son aire culturelle… Je refuse cette colonisation qui n’est qu’une de plus, et une de trop », martèle l’archevêque de Yaoundé. Qui ne manque pas lors également lors de ses homélies à la cathédrale de Yaoundé ou ailleurs de condamner cette « pratique contre nature » qu’est l’homosexualité.

Juste à côté de cette interview, la réaction de Me Pierre Robert Fojou, avocat au barreau du Cameroun. Pour le journaliste Armand Essogo qui signe le chapeau des deux interviews, « non seulement l’homosexualité est réprimée par l’article 347 du Code pénal camerounais, mais à  cela s’ajoute un sentiment général de rejet de cette pratique par les Camerounais qui, en bons Africains, jugent les relations sexuelles entre personnes de même sexe contre nature ».

Contre nature ?

Bien que le comportement homosexuel a été observée dans des centaines d’espèces d’animaux, de nombreuses personnes au Cameroun pensent le contraire.

Nico Halle preaching to the governor

Campagne des évangélistes de la CMF.

Récemment encore, le 24 février 2013, c’est l’Association des Juristes catholiques du Cameroun qui  (AJCC) qui a donné, à Douala, condamné l’homosexualité lors d’une conférence-débat à l’occasion de sa rentrée solennelle pour l’année 2013, à laquelle était présent Mgr Samuel Kléda, archevêque de Douala. Publié dans La Nouvelle Expression, autre quotidien du pays sous le titre : « Sud-Ouest: Croisade contre l’homosexualité », le 27 février 2013, l’article relate le son de cloche de l’association des Hommes Chrétiens (Christian Men fellowship), mouvement chrétien de la PCC (Presbyterian Church in Cameroon) ayant séjourné lors d’une campagne du 24 au 25 février dans les villes de Buea et Kumba, dans le Sud-Ouest du pays. D’après ces autres voix qui condamnent dans « les termes intransigeants » :

« L’homosexualité est condamnée avec le plus dures des termes. C’est non négociable. Dieu a fait l’homme et la femme ; chez les animaux, il a fait le mâle et la femelle. C’est donc inacceptable qu’un homme s’amourache avec un autre homme, auquel cas il est plus pire qu’un animal. Et l’animal ne fait l’amour qu’avec le sexe opposé. Je n’ai jamais vu la poule faire l’amour avec une autre poule, ni deux chiennes entre – elles, ni deux chiens. Le coq va avec la poule, et ainsi de suite. Alors, si l’homme va faire ce que même l’animal ne fait pas, alors l’homme devient pire qu’un animal…c’est satanique… ».

Me. Tumfor Nico halle, avocat au barreau du Cameroun et président national de l’association des Hommes Chrétiens (Christian Men fellowship) soutient que « non seulement notre code pénal la condamne fermement dans son article 347 avec un emprisonnement allant jusqu’à 5 ans, la bible en est plus dure dans le passage de Lévitique 20 verset 13 qui dit Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux, une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux…».

Des arguments longuement explicités au gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilaï qui les approuve et fait valoir qu’entend que « chrétien pratiquant de son état, il ne laissera dans aucun cas l’homosexualité passer par lui d’une manière ou d’une autre ». Bernard Okalia Bilaï dans ses propos en a profité pour raconter anecdotes à l’appui « sur les multiples tentatives, et même de corruption de la part d’une avocate défenseuse de la cause des homos [Me Alice Nkom] qui a tout fait pour obtenir de lui une autorisation alors qu’il était encore préfet du Wouri, argumentant pour l’en convaincre qu’il y avaient beaucoup d’euros en jeu ».

Nkom n’a pas encore répondu à une demande de commentaires sur cette accusation.

Refus de l’ « anusocratie »

Bien que de nombreuses personnes LGBT au Cameroun vivent dans la pauvreté – licenciés de leurs emplois et rejetés par leurs familles quand leur préférence sexuelle devient connue – une croyance largement répandue persiste au Cameroun que les homosexuels sont riches, puissants, malfaisants et même les praticiens de la magie noire.

Sur les ondes audiovisuelles, l’homosexualité anime également les colonnes. A longueur de journée, à travers les chaines de la bande FM de Yaoundé, des débats interactifs entre animateurs radio et auditeurs s’en vont en guerre contre « l’immoralité » de l’homosexualité. Sur les antennes de la Cameroon Radio and Television (CRTV), la chaine de télévision publique nationale, les débats vont train. A travers des débats, reportages, courts métrages (parfois réalisés par les Camerounais ou des Africains pour « refuser cette pratique venue de l’Occident »)  et mêmes des émissions de divertissement.

Foly Dirane

Foly Dirane, animateur vedette de télévision.

La plus connue de ces programmes de divertissement est sans doute l’émission Délire où l’animateur vedette Foly Dirane ( avec pour vrai nom Adrien Tafen Veyreton ), cheveux grisonnants, depuis plus de 20 ans ne rate pas une seule édition sans mettre en garde les jeunes de 10 à 25 ans de mettre en garde contre les « pédérastes sectaires qui usent de l’argent comme d’un appât pour attirer dans leurs pièges des jeunes à qui ils promettent emploi et argent et les sodomisent pour capter leurs « chances » et leurs pouvoirs », s’indigne quasiment l’animateur à chacune de ses sorties.

« Vous devez savoir qu’au Cameroun, ce n’est pas vraiment l’homosexualité telle qu’elle se vit en Europe. C’est l’homosexualité alimentaire. C’est ce que j’appelle la pédérastie sectaire », explique le pourfendeur de la pratique homosexuelle.

D’après Foly Dirane, l’homosexualité  est imposée comme condition sine qua non par des groupes magico-sectaires aux jeunes pour réussir dans la société.

« Il s’agit d’une secte qui a choisi comme moyen de domination, l’homosexualité. Cette secte a de l’argent et du pouvoir et elle veut obliger tous les jeunes camerounais à y entrer » explique t-il.

« Des personnes médiocres sont propulsées à des postes de responsabilité  par la voie annale » dénonce t-il. Chanteur très engagé, en 2001, dans sa chanson « Les Mouches », Foly Dirane fustige la pratique homosexuelle. Et peut se targuer aujourd’hui d’être « le premier à avoir chanté contre les pédés… ».

Comme quoi, le « débat » sur l’homosexualité a encore des beaux jours au Cameroun.

— Eric O. LEMBEMBE

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